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Les Châteaux de sable : la poésie des souvenirs

Dans la vie d’Eléonore, tout va mal. Elle sort d’une rupture douloureuse, elle a des problèmes d’argent, n’a plus de boulot, picole trop, et cerise sur le gâteau, son père vient de mourir et lui laisse une maison en Bretagne sur les bras. En un week-end, elle va devoir faire le deuil de son père et de son ancien couple, enterrer son complexe d’Oedipe et vendre la maison, avec l’aide de Samuel, son ex-compagnon, et Claire Andrieux, agent immobilier.

D’emblée, dès les premiers plans, les souvenirs des personnages ressurgissent en boucle à l’écran à travers d’abord de nombreuses séries de photos et de flash-backs, puis des confessions en adresses caméra et surtout une voix off qui rappelle celle d’Amélie Poulain. En utilisant ce schéma narratif original, Olivier Jahan campe son récit dans une temporalité fixe, un week-end de 3 jours, tout en nous plongeant dans la banque à souvenirs de la relation passionnelle qui a uni Samuel et Eléonore pendant 5 ans. Le tout, au coeur des Côtes d’Armor, sublimées dans des plans esthétiques et contemplatifs.

On alterne ainsi entre l’image obsolète d’un couple autrefois heureux et fusionnel, magnifié par d’anciens clichés admirables (pris par Frédéric Stucin pendant le tournage), et celle de ces deux personnes maintenant séparées mais toujours complices. De regards furtifs en coups d’oeil en coin, une certaine nostalgie s’installe en douceur, partagée par Claire Andrieux, l’irrésistiblement touchante et pétillante Jeanne Rosa dans un second rôle qu’elle tient avec beaucoup d’humour et d’une main de maître.

Mais à mesure que le passé devient de plus en plus omniprésent à l’écran, les blessures se rouvrent, la mélancolie s’estompe rapidement et laisse place à la rancoeur, et alors que les échanges s’échauffent et que le ton monte, la tension sexuelle s’accentue entre Eléonore et Samuel, comme aimantés l’un par l’autre.

Dans le rôle de cette femme à la croisée des chemins, perdue dans sa vie tant sentimentale que professionnelle, et encore un peu enfant, Emma de Caunes livre une performance rayonnante, émouvante et à fleur de peau. Sans jamais verser dans le sentimentalisme dégoulinant à l’eau de rose de la comédie romantique classique, Olivier Jahan met en scène avec justesse et sensibilité le pouvoir du passé et la puissance nostalgique des souvenirs d’un couple brisé qui, comme l’énonce la voix off discrètement « n’aurait peut-être jamais dû se séparer ».

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